Carnet à Spirale
   
QQOQCP
 
   
 Transsibérien
 Moscou
 Sibérie
 Mongolie
 Pékin
 
 Liens
 Carnet à spirale
 
 

Au réveil, nous découvrons un décor encore une fois entièrement renouvelé. Nous traversons des champs soigneusement cultivés, bordés de murets ou de rigoles d’irrigation bien tracées. Nous voyons des paysans s’activer dans les cultures, y compris dans quelques rizières… mais pas l’ombre d’une machine agricole. Le ciel est couvert : tant mieux car il fait moins chaud ainsi. Nous avions laissé la fenêtre de notre compartiment à peine entrouverte pour avoir un peu d’air pendant la nuit. Au matin, nous retrouvons tout recouvert d’une fine pellicule de poussière. Un peu de ménage s’impose. Le sable s’est infiltré partout, jusque dans les cheveux ; j’ai les yeux et le nez qui piquent désagréablement.

Grande MurailleNous scrutons attentivement l’horizon pour apercevoir au loin un petit bout de la Grande Muraille. Plus loin, nous la découvrons vraiment de tout près. Nous faisons même une halte à ses pieds. Malgré une visibilité assez floue, tous les photographes amateurs s’en donnent à cœur joie, histoire de pouvoir dire « je l’ai vue en vrai » et le prouver. Après cette halte, nous traversons encore de magnifiques paysages de collines boisées, où nous apercevons encore par intermittence la Grande Muraille qui serpente en suivant une ligne de crête. Bien avant d’atteindre la gare, nous sommes déjà dans Pékin : le territoire de la ville est plus étendu que toute la Belgique. Nous traversons d’abord des faubourgs plus ou moins indigents, des quartiers déshérités, assez semblables au fond à ceux des autres villes que nous avons déjà traversées : d’un pays à l’autre, la pauvreté prend des visages qui se ressemblent.

Mais les maisonnettes de briques plus ou moins délabrées laissent vite la place à des quartiers entièrement neufs, bâtis de hauts immeubles modernes. Les chantiers se succèdent ; là où chez nous les lotissements de pavillons individuels se multiplient, ici ce sont les buildings de vingt ou trente étages qui poussent comme des champignons. Nous arrivons dans une gare flambant neuve, d’une propreté impeccable. Mais, dès la sortie, un aspect important du Pékin moderne d’aujourd’hui nous saute aux narines : revers de l’expansion économique, la pollution rend l’air irrespirable. Ajoutés à cela, la chaleur moite et la lourdeur du sac à dos : coup de pompe. Vivement la douche ! Heureusement, l’hôtel n’est pas très loin.

Question confort, nous montons encore d’un cran : après le luxe, le grand luxe. Tout est neuf, propre et moderne. Éric téléphone à son pote Koko, dont j’ai plusieurs fois entendu parlé, mais je n’ai jamais rencontré : il est ici depuis presque quatre ans. Il vient nous chercher à l’hôtel, il n’y a plus qu’à l’attendre tranquillement. Ce soir, nous prenons quartier libre, avec la permission de Yan. Mais que faire pour patienter ? Pour Éric, aucune hésitation, puisque nous avons le privilège d’avoir un ordinateur à disposition dans notre chambre, équipé de surcroît d’une connexion à Internet, autant en profiter. Directement de la douche au clavier, exactement comme à la maison. Je réalise brutalement que le voyage touche à sa fin. Au secours, le choc est douloureux.

Koko est venu en taxi (son vrai nom, c’est Gérald, mais Éric, alias Momo, ne l’appelle que comme ça), nous repartons ensemble de même. Koko estime qu’il y a déjà tellement de voitures à Pékin qu’il est inutile d’en ajouter une de plus. Et puis, selon lui, le taxi n’est pas très cher et il y en a partout. Si les Pékinois étaient plus nombreux à faire comme lui… Nous traversons le centre de la ville pour aller d’abord chez lui, en empruntant un itinéraire « touristique » : un petit détour par la place Tien Anmen, puis un morceau de la grande artère principale qui traverse la ville d’est en ouest. Il habite un bel appartement : alliance de confort moderne et de mobilier chinois ancien. Nous y retrouvons son fils Guillaume, un peu plus grand qu’Émilie, gardé par sa nounou chinoise, qui s’occupe de lui depuis sa naissance et grâce à qui il parle chinois mieux que français. C’est un mignon petit bonhomme, doté d’une débordante vitalité !

Grande MurailleUn petit apéro à la maison, puis nous partons tous ensemble au restaurant. Thaïlandais, le resto, car Koko aime tout en Chine, sauf la cuisine. Toute la soirée, il ne se fait pas prier pour nous raconter avec passion les charmes qu’il trouve à son pays d’adoption. Le petit frère de Koko et sa copine, en vacances pour quelques temps dans le coin, viennent nous rejoindre. Elle est une espèce rare : bien qu’originaire du Texas, elle n’aime pas Bush. Ils ne s’attardent pas, car ils sont très fatigués : ils sont allés passer la journée au bord de la mer, là où finit la Grande Muraille. Ils ont fait en tout six heures de train et ils sont épuisés : petits joueurs !

Koko arrive bientôt au bout de son contrat avec l’ambassade de France, où il s’occupe de l’accueil d’entreprises françaises cherchant à s’implanter en Chine. Il aimerait bien se faire embaucher ici, pour pouvoir rester encore. Sa femme (qui est en France ces jours-ci) est d’accord aussi pour rester, dit-il, et elle a déjà une situation, en tant qu’avocate. Ils se sont mis tous les deux au chinois : il faut être motivé pour réussir à apprendre cette langue tellement différente. Ils se plaisent tous les deux ici : que demander de plus ?

Koko est intarissable sur la Chine ; il assiste depuis ces deux dernières années au prodigieux développement économique de ce pays et le décrit avec passion. Pour l’expliquer, selon lui, deux raisons essentielles. La première, c’est l’extraordinaire force de travail des chinois : ils sont nombreux et infatigables ! La seconde, c’est l’espoir : les chinois croient tous profondément qu’améliorer leur situation est à leur portée. Bulle artificielle ou réussite durable ? Il faudra sans doute attendre de voir ce que feront les prochaines générations de cette prospérité nouvelle. Les adultes de demain commencent aujourd’hui leur vie dans un contexte à l’opposé de ce qu’ont connus leurs aînés. Et puis, si le progrès économique est incontestable, du moins au centre de Pékin, le progrès social, lui, ne semble pas une priorité. Bref, la Chine reste un mystère, mais c’est justement ce qui la rend fascinante.

Koko nous parle aussi abondamment des conditions à remplir pour les entreprises étrangères candidates à l’implantation en Chine. Une condition indispensable : la motivation du patron, il faut qu’il y croit vraiment. Ensuite, les conditions techniques étant généralement remplies, tout est question de relations humaines. Et là, d’après Koko, tout se joue au karaoké-massage ! Le karaoké est le loisir numéro un en Chine. Ensuite, le massage est le petit «plus», réservé aux hommes. Comment font les femmes d’affaires ? L’histoire ne le dit point. Cette notion existe-t-elle seulement, dans un pays où la naissance d’une fille est encore souvent considérée comme une catastrophe ? Au moment de nous séparer, dans le hall de notre hôtel, où Koko nous a gentiment ramené, une dernière question fait surface, justement celle qui nous a sauté à la gorge à notre sortie de la gare, la question de l’environnement et de la qualité du cadre de vie : Pékin est-elle un bon endroit, c’est-à-dire un endroit sain, où vivre avec sa famille ? De ce point de vue, on est quand même beaucoup mieux en France, malgré ses Français râleurs et fainéants !

page suivantehaut de page