Carnet à Spirale
   
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Troisième départ, troisième voyage. Pour cette étape vers Pékin, nous nous attendons au pire, côté confort. D’ailleurs, nous sommes prévenus que nous n’aurons plus que quatre compartiments pour le groupe, au lieu de six précédemment. Le système de réservation de la « senecefe » chinoise n’aime pas réserver un compartiment avec quatre couchettes occupé par deux personnes seulement, c’est comme ça. Qui gagnera le logement à deux cette fois ? Comme à Terelj, nous faisons logement commun avec Evelyne et Nicolas : le courant passe bien entre nous. C’est vrai qu’à quatre dans un compartiment, cela demande quelques efforts d’organisation… Ce sont Maurice et Colette qui se retrouvent à deux : une compensation pour se faire pardonner les fréquentes mises en boîte dont fait l’objet notre râleur en chef : elle est assez chaude, la soupe, Maurice ? Et finalement, bonne surprise, ce train est de loin le plus beau des trois, il est visiblement tout neuf : il y a encore des plastiques de protection pour recouvrir le tissu d’habillage des banquettes.

courbes de la voie ferréeEn quittant Oulan Bator, le train prend la même direction que la route que nous avons empruntée pour aller à Terelj, avant de bifurquer au sud. Pour ce changement de direction, la voie doit franchir un col. Elle s’élève donc doucement, en décrivant de larges et impressionnantes courbes. Les machines peinent et le train progresse tout doucement : nous avons tout le temps d’admirer le paysage. Une fois le col franchi, brusque changement de décor : les montagnes verdoyantes disparaissent dans le lointain, la végétation se raréfie, devient rase et sèche. On aperçoit de temps en temps une yourte perdue au milieu de nulle part, un troupeau isolé, quelques chameaux, un oiseau solitaire… Malgré ce vide quasi-total, nous croisons deux ou trois passages à niveaux, dotés chacun d’un garde-barrière, tenant ses deux petits drapeaux et venu je ne sais d’où, à vélo ou à moto. Autres signes de la présence humaine : les lignes électriques, qui longent les voies ou s’éloignent dans la steppe, et les barrières de part et d’autre des voies, ou même de la voie unique, sur certains tronçons, où le train doit parfois s’arrêter pour en laisser passer un autre qui vient en sens inverse.

désert de GobiLa végétation continue de se raréfier pour finir par disparaître complètement (on dit plutôt « continuer de » ou « continuer à » ?). Plus que du sable. C’est l’immense désert de Gobi. Mais le paysage de dunes ne dure pas très longtemps, car nous ne traversons que la pointe à l’extrémité est du désert. Ensuite, c’est à nouveau la steppe, rase et désolée. Il est temps pour moi de me plonger dans Proust, à la recherche du temps perdu… Mais que faire dans un train, quand on ne lit pas Proust ? Jouer aux cartes, et d’ailleurs certains, parmi nos amis suisses, ne s’en privent pas. Sinon, rêvasser, somnoler, flemmarder, glander, buller… tout ce qu’on n’a pas le temps de faire d’habitude. Prendre le temps de ne rien faire, de se sentir ne rien faire est un luxe. C’est même difficile, les engrenages du cerveau et l’enchaînement incessant des pensées reprennent vite le dessus, pour ne pas laisser l’esprit vide, inoccupé… Que reste-t-il alors à faire ? Évidemment, manger ! Pour déjeuner, nous improvisons une petite dînette où nous mettons en commun le reste de nos provisions : mais comment font certains, ou plutôt certaines, pour sortir encore tout ça de leurs sacs ? Le soir, nous rendons visite au wagon-restaurant. Il est vraiment magnifique, avec ses cloisons de bois clair sculpté. Une fois de plus, nous mangeons très bien, mais il faut quitter les lieux très vite, une demi-heure pas plus, pour laisser la place au service suivant. Ce train, davantage que les précédents, est essentiellement rempli de touristes, dont un bon nombre de gros Suisses allemands très bruyants (double pléonasme d’après nos nouveaux amis suisses francophones).

drapeau de la MongoleNous voilà prêts à affronter notre prochaine épreuve : le passage de la frontière entre la Mongolie et la Chine. En gros, deux bonnes heures pour remplir quelques formulaires (non, non, nous n’avons rien à déclarer) et les présenter avec nos passeports aux douaniers mongols, puis chinois. J’adore les larges casquettes des uniformes de ces douaniers, surtout les chinois. Deux heures ? Une rigolade après les interminables haltes à la frontière russo-mongole… Mais le meilleur reste à venir : le changement de boggies, car l’écartement des rails est plus étroit en Chine. L’opération est entièrement mécanisée, grâce à d’astucieux systèmes de câbles et de vérins : on prend douze wagons, qu’on place sur deux rangées de six, on décroche leurs boggies, on les soulève un après l’autre, par paquet de six, on retire tous les boggies à large écartement en même temps qu’on amène ceux à faible écartement, on repose les six wagons sur les nouveaux boggies et on refait les fixations, pendant qu’on soulève à leur tour les six autres wagons.

Il n’y a plus qu’à réaligner et raccrocher les douze wagons, puis à renouveler l’opération pour les wagons restants. L’ensemble du processus demande malgré tout encore deux bonnes heures, mais nous restons dans notre wagon pendant tout ce temps : nous ne sentons même pas quand notre wagon est soulevé, tellement le mouvement est lent. Mais le déroulement des opérations fascine les voyageurs, qui en oublient de dormir. C’est le milieu de la nuit quand nous repartons enfin. Demain, à nous Beijing !

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