Carnet à Spirale
   
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De bon matin, nous quittons la ville en minibus (qu’ils sont jolis, les sièges recouverts de velours bleu ciel de notre minibus !), par une grande route vers l’est, puis nous bifurquons vers le nord, sur une route secondaire. Peu d’informations ni sur notre destination finale, ni sur le temps de trajet : nous savons juste qu’il faut un certain temps et qu’à l’arrivée, quatre yourtes seront à notre disposition. Pour le reste : surprise !

Dès le départ, les suspensions du minibus sont mises à rude épreuve, et de plus en plus au fur et à mesure de notre progression. Les paysages que nous traversons sont magnifiques, faits de collines ondoyantes, couvertes d’herbe verte et de fleurs sauvages, où paissent les troupeaux. Nous franchissons une barrière de péage à l’entrée du parc naturel de Terelj, au nord-ouest d’Oulan Bator. Le gouvernement du pays en a créé plusieurs, dans le but de protéger l’environnement et de contrôler le développement du tourisme : louable intention. Nous passons d’ailleurs à proximité de plusieurs camps de yourtes, façon terrains de camping, manifestement faits pour les touristes. Nous passons aussi près d’un terrain de golf : il fait tache dans le paysage et qui peut avoir envie de venir jouer au golf par ici ? TereljMais nous allons toujours plus loin, toujours plus haut. Nous finissons par quitter la petite route pour un chemin, qui devient à son tour rapidement impraticable pour notre minibus. Une charrette tirée par un gros bœuf laineux, noir et blanc, nous attend.

Et c’est donc en char à bœuf que nous finissons le parcours, bien pratique pour traverser au sec trois bras de rivière qui coulent en sous-bois. Nous débouchons, sous un ciel bien bleu, dans une prairie bien verte semée de boutons d’or, où se dressent six yourtes bien blanches. Dernière précision : nous sommes à environ 1 600 mètres d’altitude. Côté commodités, il n’y a pas d’électricité (pour quoi faire ?), les toilettes fonctionnent sur le même principe qu’au bord du lac Baïkal (avec moins de mouches, mais un trou plus étroit), le réseau local de téléphone mobile fonctionne (mais où sont les antennes ?). J’oublie un élément important du paysage : les chevaux. Une demi-douzaine est attachée et sellée, d’autres chevaux vont et viennent en liberté.

TereljLa yourte principale est occupée par la famille de notre guide (elle s’appelle Tsogi) : elle-même, ses deux fils, ses beaux-parents et plusieurs autres personnes qui, tous, nous accueillent chaleureusement. Son mari accompagne un autre groupe de touristes, quelque part ailleurs en Mongolie. La yourte la moins éloignée de la cabane des toilettes est occupée par deux jeunes amoureux, suisses francophones, déjà aperçu dans le train et arrivée un peu plus tôt dans la matinée. À peine un coup d’œil échangé avec Evelyne et nous prenons possession, elle, nos maris et moi, de la yourte à l’autre extrémité du camp. intérieur de la yourteDeux autres yourtes sont, l’une pour les quatre garçons, l’autre pour les deux couples restants. Et ce sont Raymonde et Marie qui remportent le privilège d’occuper à deux la dernière yourte. Chacune d’entre elles abrite quatre lits style Ikea, une petite armoire, une table basse, quatre petits tabourets et un poêle à bois. Sur chaque lit, une couette ET une épaisse couverture : les nuits sont fraîches par ici.

Nous prenons le déjeuner à l’ombre des grands arbres qui bordent la prairie : cuisine « maison », copieuse et délicieuse. Comment font-elles pour préparer tout ça dans la yourte ? Les femmes sont aux petits soins pour nous et ne voient pas d’un bon œil qu’on cherche à les aider. Ici comme ailleurs, les femmes aux fourneaux. Les hommes, eux, s’occupent des chevaux. En plus, ça rime : deux pieds de plus à chaque phrases, cela faisait deux alexandrins ! Ici, en Mongolie, les enfants apprennent très tôt à monter à cheval, dès deux ou trois ans. En ce moment, les préparatifs pour la grande fête nationale de Nadaam (ou Naadam ?) vont bon train. Conformément à la tradition, lutte, tir à l’arc et course de chevaux sont au programme. Pour les courses, les chevaux sont montés par des enfants de six à douze ans. Les jeunes présents au camp nous offrent le plaisir d’une démonstration de leurs talents équestres. But du jeu : ramasser un chapeau posé au sol depuis son cheval lancé au galop. Plusieurs tentatives infructueuses et quelques problèmes de réglage : trop vite, trop court, le chapeau touché mais pas attrapé. Après plusieurs essais, l’un d’eux finit par réussir. Comme quoi, la persévérance finit par payer…

Toujours à propos de cheval, les volontaires sont invités un peu plus tard à expérimenter cette activité cruciale de la vie de nomade. Nous sommes six à accepter de monter sur le dos de ces plus vieux amis de l’homme, en gros les « jeunes » ! Quatre « débutants » sont tenus en longe : Nicolas, Evelyne, Yan et Éric. Pierre et moi, les « expérimentés », sommes laissés à nous-mêmes. Nous faisons un petit tour sympa le long des rivières. Mais qu’ils sont petits ces chevaux, et qu’ils sont courts, ces étriers… Malgré cela, je reste quand même un petit peu sur ma faim. Ensuite, petite promenade, à pied cette fois, au bord de la rivière, pour se rafraîchir. Les pieds dans l’eau : pour rafraîchir, ça rafraîchit !

Puis, gymnastique intellectuelle avec des casse-têtes mongols (et non chinois) : comment ça marche, ces trucs ? Celui avec les os et la ficelle est particulièrement redoutable. Il y aura aussi des parties d’échec (Yan est très fort à ce jeu) et des parties de Triomino (sortes de dominos triangulaires), où la grand-mère mongole, après une courte période d’observation, devient vite une adversaire redoutable. biquetteAu milieu de tout cela, va et vient l’animal familier de la famille, en quête d’un morceau de biscuit ou simplement d’une caresse. Non, ce n’est pas un chien, il y en a pourtant, mais plus loin, pour s’occuper des troupeaux. C’est une adorable petite biquette, aussi affectueuse, aussi joueuse et aussi douce qu’un chaton. On sent à peine les deux petits bouts de corne qui pointent sur son front. Elle doit être très jeune et a dû perdre sa maman, car on la nourrit encore avec une sorte de biberon. Et si on la ramenait à la maison ? Ce sont les enfants qui seraient contents !

En fin d’après-midi, les deux tourtereaux Thomas et Marie (Tom-Tom et Nana) s’apprêtent à partir à cheval. Et moi, et moi, je peux venir aussi ? Pas de problème. Super génial ! Nous quittons le camp, emmenés par un guide mongol et leur accompagnatrice locale. Eux font le voyage depuis St Pétersbourg jusqu’à Pékin, en « individuels », organisé à la carte par Espace Est-Ouest et seront partis en tout presque un mois : trop de chance… Mais revenons à nos moutons, non, à nos chevaux. Nous traversons plusieurs bras de rivière, puis nous quittons le fond de la vallée pour nous élever doucement à flan de colline. Nous bifurquons dans la forêt et la pente devient raide. Il n’y a pas de sentier, il faut contourner les buissons, éviter les branches basses. Notre guide semble sûr de lui et nos montures sont vaillantes. Nous finissons par déboucher sur une crête. Encore quelques rochers à contourner et nous découvrons un panorama à couper le souffle sur la vallée en contrebas. On aperçoit même notre camp, tout petit au loin. Vague d’émotion pure : c’est cela, le bonheur. cheval


Hélas, cela ne dure pas. Maintenant que nous sommes grimpés jusque là, il va falloir redescendre : l’autre flan de la colline est moins boisé mais aussi pentu. Heureusement, ces petits chevaux ont décidément le pied très sûr. Une fois en bas, il faut à nouveau traverser la rivière. À cet endroit, les différents bras sont rassemblés apparemment en un seul, plus large, plus profond et avec plus de courant : même pas peur. Après ça, ce n’est toujours pas fin. Nous longeons la rivière un moment, puis nous arrivons en bordure d’une vaste étendue plate : au galop à travers la steppe ! Comme, en rêve, encore une expérience inoubliable. De retour au camp, Marie, excellente cavalière, semble fraîche comme une rose. Moi, je sens bien que je risque d’avoir un peu de mal à marcher demain… Thomas, qui monte à cheval surtout pour faire plaisir à sa belle, fait preuve d’un stoïcisme remarquable. Il faut dire qu’elle, seule suissesse à ne pas savoir bien skier, accompagne son homme au ski l’hiver.

Plus tard, après le dîner, encore une fois copieux et délicieux, à la nuit tombée, que rêver de mieux, pour conclure cette fabuleuse journée, qu’un feu de camp ? Les flammes s’élèvent, hautes, claires et joyeuses, sous un magnifique clair de lune. Nous partageons encore les petites choses à manger et à boire que nous offrent nos hôtes. Nous entonnons quelques chansons, mais cela manque de coordination : promis, la prochaine fois, il faudra répéter un peu avant. Malgré les fausses notes, nous vivons un moment exceptionnel, idéal en ce jour le plus long de l’année.

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