Carnet à Spirale
   
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C’est bon de s’attarder un peu en pensant au reste du groupe qui est déjà parti crapahuter à la découverte de Moscou. Dans l’immense salle d’un des multiples restaurants de l’hôtel, le très, très long buffet offre de quoi faire un repas pantagruélique. Mais, la saucisse au petit déj’ : bof, bof.

En attendant que Catherine et sa bande se manifeste, nous partons tous les deux à l’aventure. Il y a un marché juste en bas de l’hôtel, un marché aux vêtements, peu fréquenté par les touristes, mais énormément par les moscovites. Au bout de ce marché, nous franchissons un grand portail, moyennant la modique somme de dix roubles par personne et nous pénétrons dans un marché artisanal. Nous remontons une allée, qui débouche dans une autre allée, puis un escalier en bois, puis encore une allée, et ainsi de suite, cela n’en finit pas. Et c’est vraiment magnifique. Les allées sont, pour la plupart, bordées de petites échoppes en bois, qui regorgent de trésors multicolores. Je veux tout ! Vous m’en mettrez un de chaque : des objets de l’artisanat traditionnel russe, en bois peint, verni, laqué, laqué, de la broderie, du patchwork, des robes, des châles, des écharpes, des chapkas, des bijoux, des tapis, des peintures, gravures, aquarelles, et encore, et encore… Nous n’en voyons pas la fin, d’autant moins que nous recevons un appel de Catherine : ils sont là dans quinze minutes. Il faut retrouver son chemin dans ce dédale : c’est par où, la sortie ?datcha


Aujourd’hui, nos amis sont à bord d’un Renault Kangoo tout neuf, véhicule de service prêté par Auchan (merci Auchan). Éric se retrouve à l’arrière, avec Rita, Catherine et moi : est-il plus mince que Marina ? Le plan, c’est d’aller à la campagne, à la datcha des parents d’une amie de Catherine. C’est, à la belle saison (qui est courte en Russie), le dimanche rêvé pour les Moscovites. Le problème, c’est que nous avons rendez-vous avec le reste de notre groupe entre six et sept heures ce soir, pour aller entendre un chœur russe. Cela ne vaut pas le coup d’aller à la datcha pour rentrer si tôt. Éric téléphone à Yan et négocie avec lui un rendez-vous plus tardif : à dix heures à l’hôtel et tant pis pour les chœurs russes. Cris de joie dans l’auto de Catherine et Marina. Merci encore une fois à la technologie moderne pour la facilité de communication. Et merci encore une fois à Yan pour sa souplesse et sa compréhension.

datchaDemi-tour à la russe, c'est-à-dire à la sauvage. Davaï, en route pour la fameuse datcha. Le soulagement est palpable : visiblement nos amis russes tiennent énormément à nous emmener là-bas. L’enjeu majeur est, semble-t-il, que cette fameuse datcha dispose d’un confort très, très, très prisé : un banya privé, le fameux bain russe, dont Catherine nous a tant parlé. Nous circulons le long de larges avenues de Moscou, puis sur le périphérique, puis sur des routes de campagne. Nous sortons soudainement de la ville pour nous retrouver en forêt. Au bout d’un certain temps, nous découvrons que nous sommes perdus : coup de téléphone, demi-tour pour rejoindre l’embranchement que nous avions loupé. C’est vrai que les panneaux de signalisation sont rares. Nous arrivons enfin dans une sorte de lotissement composé de maisons récentes, certaines vraiment grandes et très jolies. Plus grand-chose à voir avec les anciennes datchas de l’époque soviétique que Catherine nous a montrées le long de la route.

Nous sommes accueillis par une deuxième Catherine (elle aussi travaille chez Auchan), son mari et leur fille Lisa qui aura un an dans quelques jours et qui est une adorable petite poupée brune aux grands yeux qui fait ses premiers pas. Je ne me sens pas très à l’aise au début. L’ambiance est un peu crispée et la conversation, difficile à engager. Catherine n°2 parle un français impeccable, sans aucun accent, mais elle n’est pas aussi chaleureuse que Catherine n°1. Le thème des enfants semble être un sujet de conversation facile, mais il tourne court assez vite. Nous finirons quand même par nous trouver un point commun : elle fait partie d’une chorale à Moscou, qui porte le nom de Georges Brassens, avec un important répertoire de chansons françaises. Elle vient en France à la fin du mois, à Thuir, pour un festival de chorales. Ce n’est pas très loin de chez nous ; si je peux, j’irais bien voir et entendre…

Catherine et sa bande avaient fait les courses ce matin et ont amenés tout ce qu’il faut pour nourrir, et aussi abreuver bien sûr, tout un régiment. Les hommes s’occupent du barbecue, les femmes préparent les légumes et les fruits : rien de nouveau sous le soleil. Nous mangeons dans le jardin, à l’ombre d’un petit kiosque tout en bois. L’ambiance à table s’est nettement détendue. Mais, le clou de la journée, c’est le mystérieux banya. Contre une des clôtures du jardin, il y a trois grandes cabanes en bois : une pour les toilettes (il y en a aussi à l’intérieur de la maison), l’autre avec la réserve de bois et la dernière avec les fameux bains. Cette dernière se compose de trois pièces successives, la première sert de vestiaire, la deuxième abrite la douche et la troisième ressemble en fait à un sauna. Marina est très impatiente, cela fait très longtemps qu’elle n’a pas eu l’occasion de se livrer à ce plaisir incomparable à ses yeux.

Donc, ce sont les filles qui commencent. Le premier passage, c’est juste pour prendre la température. C’est déjà bien chaud, grâce aux bons soins de nos hôtes, qui ont alimenté le poêle à bois, placé dans un angle, depuis ce matin. De grosses pierres sont posées dessus, elles sont brûlantes. On verse de temps en temps un peu d’eau dessus, l’eau se vaporise instantanément et la température monte encore. L’air dans le banya est plus humide que dans le sauna scandinave (mais pas autant que dans un hamman), ce qui rend l’atmosphère plus supportable à mon goût, malgré la forte chaleur. Il faut respirer par la bouche : par le nez, c’est trop chaud. Il y a deux bancs, un au dessus de l’autre, comme deux hautes marches d’escalier. Marina, Catherine et moi sommes assises sur la marche la plus haute. Mon corps s’habitue assez vite à cette chaleur humide et je me sens rapidement plus à l’aise, détendue. J’ai réussi mon baptême.

En arrivant tout à l’heure, Micha avait tout de suite disparu dans la forêt toute proche et en était revenu peu après avec une brassée de branches de bouleau avec lesquelles il avait très soigneusement préparé deux bouquets feuillus, en taillant méticuleusement les branches à la même longueur et en les liant avec un morceau de ficelle. À quoi ça sert, ces trucs ? En suite, c’est au tour des hommes : Micha et Éric disparaissent dans la cabane en bois… À leur sortie, Éric a sur le visage une expression indéchiffrable : impossible de dire comment il a trouvé l’expérience. En tout cas, il est toujours vivant. C’est à nouveau le tour des filles. Maintenant, c’est du sérieux, on ne rigole plus. À moi l’honneur : on m’invite à m’allonger sur le ventre, sur la marche du haut. Le nez dans les bras, je ne vois plus ce qu’il se passe dans mon dos. Je vais apprendre sans tarder à quoi servent les balayettes de bouleau : d’abord effleurages presque imperceptibles, puis caresses légères, puis balayage de plus en plus appuyé, sur les épaules, le dos, les fesses, les cuisses, les mollets et la plante des pieds. Dit comme ça, cela peut paraître assez violent et, de fait, ça l’est, mais sans aucun sadisme. Encore que, si c’est Marina qui officiait dans mon dos, je n’exclus pas qu’elle ait pu prendre un certain plaisir à pratiquer cette initiation… En tout cas, ce traitement est réputé en Russie pour être excellent pour la santé : il lutte contre la cellulite, stimule l’organisme, nettoie les impuretés en profondeur, décontracte et régénère le corps tout entier.

datchaÀ notre tour suivant, je suis restée assise sur le côté, à me masser les bras et les jambes avec un mélange d’herbes et de sel fin (excellent gommage) et à observer Catherine officier sur Marina : quel spectacle extraordinaire ! À notre troisième et dernier tour, je me retrouve en tête à tête avec Catherine. Massage douceur avec du miel, si, si, du vrai miel d’abeilles, qui colle, mais qui fond surtout à la chaleur, que la peau boit goulûment pour devenir d’une incroyable douceur. Nous nous frottons le dos mutuellement. Je profite de l’occasion pour questionner un peu ma Catherine : elle sait depuis peu qu’elle est enceinte, suite à une erreur de dates, me dit-elle. Elle n’est pas franchement emballée, mais Micha est ravi. Elle aimerait beaucoup venir nous voir en France, elle pourrait prendre trois ou quatre semaines de congé, d’ici septembre ou octobre, si Micha est d’accord. À suivre…

datchaLe rituel veut que chaque passage dans le banya soit suivi d’un passage à la douche, froide bien entendu, pour le contraste. En sortant du bain de vapeur, c’est vrai que la douche glacée est revigorante et, après les tartines de miel, la douche s’impose encore plus, pour éliminer l’excédent. Après l’ensemble de ce processus, on se sent nettoyé en profondeur, purifié jusqu’à l’intérieur, détendu, revigoré et assaini pour un bon moment. Musclé, comme traitement, mais terriblement efficace. Et puis j’ai la peau douce comme un bébé ! Entre le tour n°3 et le tour n°4, nous avons mangé du poulet mariné, cuit au barbecue par Micha, et grignoté des tomates, des concombres, des champignons, des carottes râpées et des cerises. Nous sommes aussi allés faire une promenade à pied, jusqu’au bord d’un lac tout proche, avec une petite plage aménagée. Micha pique une tête, mais il ne réussit pas entraîner Éric : c’est vrai que l’eau est vraiment fraîche. Puis il est temps de reprendre la route, pour être à l’heure à Moscou.

Mais, en cours de route, nos amis russes sont pris d’une irrépressible envie de glace. La solution : halte au prochain MacDo (écrit en cyrillique, c’est rigolo). Damned : il est fermé. Ce n’est pas grave, il y en a un autre un peu plus loin. Là, l’attente est interminable, non pas à cause de l’affluence, mais en raison d’un désaccord entre Catherine et le vendeur : l’une exige ses glaces avec triple dose de chocolat, tandis que l’autre prétend que c’est impossible sous peine de débordement. Longue négociation dont Catherine sort victorieuse : sacrée Catherine ! Nous ne serons pas à dix heures à l’hôtel. Le quart d’heure toulousain est devenu le quart d’heure moscovite. Nous retrouvons notre groupe dans un des restaurants de l’hôtel. C’est l’anniversaire d’Oscar : tournée générale avec une première, puis une seconde bouteille de vodka. Mais Éric jette l’éponge très vite : malgré le banya, il n’a pas encore réussi à éliminer tout le pervak avalé hier soir. Au dodo. Demain est un autre jour.

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