Carnet à Spirale
   
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mes ouistitisEn écrivant, je pense à vous, mes enfants. Même loin, et bientôt très loin, je reste votre maman. Je pense à vous quand je m’interroge sur un accord de participe passé, quand je cherche mes mots, mes expressions. Pas de grands discours, juste envie de fixer quelques unes des anecdotes les plus marquantes de ce que j’observe autour de moi, de ce je ressens en dedans.

Par exemple, ce que je ressens ? Je me sens comme une cocotte-minute sous pression, mais à feu doux quand même : la soupape qui fait un petit pschitt de temps en temps pour libérer le trop plein. Par exemple ce que j’observe ? L’aéroport de Roissy – Charles de Gaulle : un monde assez horrible par la quantité de béton et de bitume agglutinée au beau milieu des champs ; un monde fascinant par la multitude de gens qui le peuplent (c’est la multitude ou les gens qui peuplent ?).

Après le repas (champagne pour l’apéro : chacun son snobisme, steak tartare en plat principal : tu en veux, Vincent ?), nous allons marcher peu, pour digérer. Visite du terminal 3 : un grand hangar assez rudimentaire, qui sent le provisoire. Un avion vient d’arriver, sans doute de loin : les gens que nous croisons portent dans leurs vêtements et dans leur regard un peu hagard les traces de provenances lointaines. Il y a aussi les obscurs, les invisibles, qui œuvrent dans l’ombre de cette immense fourmilière. RoissyCombien sont-ils pour l’entretien des milliers de kilomètres de couloirs, des milliers de m² de surfaces vitrées, des milliers de chiottes ? En guise de destination lointaines : une heure de RER pour venir de leur banlieue-dortoir.

Réveil en sursaut au cœur de la nuit. Des bruits, des voix dans le couloir. Mais quelle heure peut-il bien être ? C’est déjà le matin ? Le réveil n’a pas sonné ? On a raté l’heure de l’avion ? La cocotte-minute passe sur feu vif. Impossible de me rendormir sans savoir l’heure. Mais je n’ai pas de montre. Désolée, Éric de te réveiller. Finalement, il est (seulement) une heure du matin : ouf ! En revanche, quelques heures plus tard à peine, dur, dur, le réveil.

Comme de vrais pros du voyage, nous trouvons la bonne navette (ligne 5), le bon terminal (2B) et la bonne file d’attente à ce qui semble être le seul guichet disponible dans tout le terminal pour franchir la douane : patience. À l’approche du guichet, j’ouvre mon sac pour y repêcher mon passeport. Et là, la cocotte-minute passe instantanément en surpression, au bord de l’explosion : mon passeport n’est pas dans la petite poche arrière, où je l’ai rangé au départ. Donc, je l’ai perdu. Donc, je ne peux pas passer la douane. Donc, je ne peux pas partir. Du calme, Isabelle, respire. Cherche ailleurs dans ton sac. Finalement, il était bien dans la petite poche, mais pas dans la petite poche du petit sac dans le grand sac. Je l’avais mis directement dans la petite poche du grand sac, pour faire plus vite.

Nous voilà dans la file d’attente suivante, au comptoir d’enregistrement. C’est là que nous trouvons enfin les deux dames embarquées dans la même aventure que nous. L’une des deux m’avait téléphoné pour me demander s’il était possible de se retrouver à Roissy car, n’ayant pas ou peu l’expérience des voyages, elles craignaient de se perdre. Nous avions donc réservé comme elles une chambre à l’hôtel Ibis. Manque de bol, ce n’était pas dans le même ! Mais elles ne sont quand même pas perdues : bravo, mesdames.

Nous voilà dans l’avion pour Londres : deuxième saut de puce. Le temps est dégagé et après le survol de la Manche, changement de décor. Ce ne sont plus les mêmes couleurs, les champs sont plus verts car les céréales y sont moins avancées, les maisons sont plus grises et surtout impeccablement alignées les unes à côté des autres.

Nous voilà à Heathrow : enfin un véritable aéroport international. Un espace encore plus immense, impossible à appréhender dans son entier, des destinations aux quatre coins de la planète, des bribes de conversations dans des langages incompréhensibles, une large palette de physionomies : toutes les tailles en hauteur comme en largeur et toutes les couleurs. Pour tuer le temps pendant l’attente avant de s’envoler pour Moscou, un peu de shopping dans les boutiques duty free, des parfums « from France » pour nos amies russes.
Nous voilà au-dessus de Moscou. C’est une ville très, très étendue et, quand la ville s’arrête, c’est la forêt. Nous sommes contents d’atterrir après un vol de quatre heures. À la sortie de l’avion, nous trouvons d’autres membres de notre groupe d’aventuriers. À la douane, nous choisissons par mégarde le douanier le plus zélé et nous finissons par comprendre que nous n’avons rempli correctement notre fiche d’entrée. Un peu plus loin, nous récupérons nos bagages, puis le reste du groupe. Bilan de l’opération : une valise a perdu son manche et ses roulettes et deux personnes manquent à l’appel.

Moscou centreNous voilà à l’hôtel. Ouf, ça va faire du bien de souffler un peu. Pas de souci pour les deux touristes égarées, elles sont arrivées avant nous à l’hôtel, par leurs propres moyens. Nous demandons à notre jeune et gentil accompagnateur Yan la permission de ne pas suivre le groupe ce soir pour pouvoir retrouver Catherine : permission accordée sans hésitation.

L’hôtel Ismaïlovo est un établissement aux charmes typiquement soviétiques : trois bâtiments d’une vingtaine d’étages, vantant les mérites du béton, avec, à l’intérieur, des escaliers, des couloirs, des salles aux dimensions généreuses. L’établissement a visiblement fait l’objet de rénovations successives ; l’entrée du bâtiment Delta, où nous sommes logés, est d’ailleurs en chantier : un vrai cauchemar pour les valises et sacs à roulettes. Mais il reste encore du boulot, notamment dans la salle de bains de notre chambre dont les équipements semblent dater d’une époque depuis longtemps révolue. En particulier, la chasse d’eau des toilettes ne résiste pas à notre première utilisation et se met à fuir bruyamment sans vouloir s’arrêter. C’est Éric qui sauvera la situation, non pas grâce à ses talents de bricoleur, mais grâce à sa maîtrise de la langue russe : il saura expliquer à la réceptionniste l’ampleur du problème.

En fait, ce n’est pas vingt étages, mais trente, enfin, vingt-huit précisément. Pour le seul bâtiment Delta, il n’y a pas moins de douze ascenseurs pour les desservir : six pour jusqu’au 15e étage et six pour les étages supérieurs. Cela fait du bien de souffler un peu. Je me sens encore un peu vaseuse après la descente sur Moscou et l’atterrissage. Il ne nous reste qu’à attendre de retrouver Catherine qui, semble-t-il, vient de loin. Miracle de la technologie moderne : le téléphone d’Éric fonctionne comme à la maison (enfin presque : on verra plus tard, pour la facture…). Il a pu joindre Catherine sur son portable sans grosses difficultés. Il n’y a que pour appeler en France qu’il n’a pas encore trouvé le truc. En attendant, il peut même relever ses mels : le bonheur.

Vue aérienne du KremlinOn se demande comment on a pu faire « avant » pour se retrouver. Trois ou quatre coup de fil plus tard (depuis combien de temps, déjà, il n’y a plus de fil au téléphone ?) et après s’être un peu couru après, ce sont enfin les retrouvailles. Émotions, rires et larmes, chaleur à l’intérieur, difficile de trouver les mots pour dire cette joie intense. Catherine n’est pas venue seule, il y a aussi Marina, c’est sympa de la revoir elle aussi, elle est venue de Nijni Novgorod pour nous voir, elle a changé de couleur de cheveux, elle est blonde maintenant. Catherine n’a pas vraiment changé, sauf qu’elle est vraiment très mince. Il y a aussi Micha : nous découvrons enfin quelle tête il a et il a plutôt une bonne tête, tout compte fait. Il y a enfin Rita, la fille de Micha, charmante jeune fille de quatorze ans (presque l’âge de Vincent…), un peu intimidée devant l’exubérance de nos manifestations de joie.

Ils sont venus dans une grosse japonaise avec conduite à droite. Les Russes semblent amateurs de ce genre de voitures, on en croise pas mal. Nous nous y entassons, les quatre nanas à l’arrière. La ceinture de sécurité ? Quelle ceinture ? En Russie, le code de la route est appliqué avec souplesse. La conduite demande en outre visiblement une grande dextérité pour slalomer entre les obstacles qui peuvent surgir à chaque instant. Nous partons en quête d’un restaurant. Cela semble difficile car, bien qu’il fasse encore jour, il est déjà tard : c’est l’époque des nuits blanches. Au troisième essai, nous finissons par nous attabler dans un restaurant ukrainien, le Taras Boulba. Décors typiques, serveurs en costumes locaux, carte épaisse comme un annuaire. Nous faisons aveuglement confiance à nos amis pour faire une sélection. En France, on parle de boire en mangeant. Ici, en Russie, il plutôt question de manger en buvant. On nous apporte tout un assortiment d’une dizaine de petites assiettes, pleines de petites choses délicieuses. Chacun picore à sa guise : poisson fumé, lard fumé, cornichons, champignons, poivrons, ail confit, galettes de pommes de terre, sortes de gros raviolis… Tout cela est abondamment arrosé de divers liquides : kvas pour se désaltérer, champagne ukrainien pour les filles et pervak pour les durs. Il n’y a que Marina qui boit un peu d’eau car elle n’est pas très en forme. Le pervak est un alcool blanc très parfumé, mais très fort, plus fort que la vodka, qui n’est, elle, qu’à 40°… seulement.

à la vôtre !Nous sortons tous les petits cadeaux amenés pour nos amis (cela allègera un tout petit peu nos sacs à dos). Catherine nous avait demandé de la crème de cassis pour pouvoir faire du kir royal. La bouteille entière étant trop lourde à transporter, j’avais rempli un petit biberon, plus commode et plus léger, et finalement très pratique pour servir juste la dose voulue en pressant sur la tétine. Gros succès.

Après cette halte roborative, en route pour un tour de Moscou by night. Même au cœur de la nuit, la ville reste très animée. Mais il est déjà tard et il est temps d’aller faire un gros dodo en prévision de la journée de demain. Rendez-vous est pris pour la fin de la matinée. Ce sera plus facile de se retrouver, maintenant qu’ils savent où se trouve l’entrée de notre hôtel.

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